Série d’articles sur la valeur et le prix des transports publics (4/4)
22|12|2011|litra. L’importance accordée aux transports publics ressortira prochainement d’un exemple situé à proximité de notre frontière: relié aux réseaux de transports publics du Vorarlberg et de la Suisse orientale grâce à un aménagement relativement modeste de la ligne située dans la principauté du Liechtenstein, le RER FL/A/CH pourrait constituer une offre de transport interrégionale sans rupture de charge. Dans un pays qui n’a pas de tradition ferroviaire, le pari n’est pas encore gagné, même si le projet vise à éviter le chaos sur des routes de plus en plus encombrées en raison de la forte croissance du trafic automobile engendrée par les frontaliers.
Une ligne de chemin de fer existe certes depuis longtemps dans la principauté du Liechtenstein, mais son importance est demeurée mineure. Inaugurée en 1872 déjà par la compagnie de chemin de fer du Vorarlberg, la ligne Feldkirch – Schaan – Buchs présente une particularité: elle est exploitée exclusivement par les chemins de fer autrichiens (ÖBB). La ligne est longue de 18,5 km, dont seulement 9 km sont situés sur le territoire du Liechtenstein. La population de la principauté en a peu bénéficié jusqu’ici, puisque la ligne a servi principalement au trafic de transit (grandes lignes et fret).
La ligne présente un handicap important pour accueillir un trafic régional dense: elle est à voie unique. Il existe certes la «cadence liechtensteinoise» depuis l’an 2000. Celle-ci se compose de huit paires de trains qui circulent aux heures de pointe. Les ÖBB y font circuler du matériel roulant moderne, mais l’aspect désuet du tronçon et des installations saute aux yeux: les gares de Schaan-Vaduz et de Nendeln ainsi que la halte de Schaanwald paraissent en effet être d’un autre temps.
Une ligne ferroviaire peu utilisée se rappelle au bon souvenir des usagers de la route
Espace rural, le Liechtenstein a pris l’allure d’une agglomération composée majoritairement de petites bourgades au cours de ces dernières décennies. Cette tendance va encore s’accentuer. Depuis 1970, le nombre d’habitants s’est en effet accru de deux tiers pour atteindre le chiffre de 36'149; le nombre d’emplois a triplé pour s’établir à 34'334 et le nombre de navetteurs frontaliers a même sextuplé en atteignant le chiffre de 16'704. Dans peu d’années, le Liechtenstein recensera davantage d’emplois que d’habitants; le flux de pendulaires va par conséquent continuer à augmenter, alors que les bouchons sont depuis des années quotidiennement au rendez-vous. L’entreprise de transports publics liechtensteinoise Bus Anstalt propose certes une bonne dizaine de lignes de bus sur tout le territoire de la principauté; le hic, c’est que les bus restent pris dans les bouchons. Un projet de «mode de transport avec tracé dédié» a été étudié en 2003. Sa mise en œuvre a buté sur des coûts exorbitants, sur la difficulté de l’insérer dans le territoire et sur son manque de compatibilité avec les moyens de transport actuels.
De là à se rappeler l’existence d’une ligne ferroviaire insuffisamment utilisée, il n’y avait qu’un pas, d’autant plus que près des trois quarts des emplois des frontaliers sont situés à proximité de la ligne. S’ajoute le fait que des réseaux ferroviaires modernes et performants, de type RER, sont en cours d’aménagement dans les régions de St-Gall et du Vorarlberg. Un jalon important a été posé dans la nouvelle loi sur le chemin de fer. Il y est en effet stipulé que le trafic régional a désormais la priorité sur le trafic grandes lignes et sur le fret, sur le territoire du Liechtenstein. Un ordre de priorité probablement unique au monde! La réalisation d’un RER transfrontalier FL/A/CH a été retenue dans une déclaration d’intention signée par la principauté du Liechtenstein, par le Land du Vorarlberg et par le canton de St-Gall en 2008. Cette déclaration avait été précédée d’une étude de faisabilité en 2007. Un contrat de plan a ensuite été conclu au début janvier 2009 entre la principauté du Liechtenstein, la République d’Autriche et la société ÖBB-Infrastruktur Bau AG.
Les travaux de planification peuvent être terminés en décembre 2011; il devrait par conséquent être possible que la décision portant sur la réalisation du projet soit prise d’ici un an. Durant ce laps de temps aura lieu la procédure administrative, en particulier l’étude d’impact sur l’environnement. Dans une hypothèse favorable, les travaux devraient démarrer au début 2013 et la mise en service avoir lieu à fin 2015.
Rapide réalisation – importants effets
Cette date figure dans le programme de la mobilité «Mobiles Liechtenstein 2015». Un rôle de nouvelle épine dorsale régionale de transports publics est dévolu au chemin de fer.
Le projet de RER FL/A/CH consiste pour l’essentiel à proposer dans un premier temps une cadence semi-horaire et de bonnes correspondances à Feldkirch et à Buchs et, ultérieurement, des liaisons directes régionales dans un périmètre plus étendu. Il s’agit aussi de moderniser les haltes situées entre Feldkirch et Buchs et d’aménager un tronçon à double voie entre Tisis et Nendeln pour permettre le croisement des trains.
Le projet est basé sur une offre de trains/bus combinée: le train assure le transport là où la demande est forte et le bus là où elle est moins importante. Le raccordement optimal avec le bus de ligne, mais aussi les accès de la mobilité douce aux haltes, ainsi que l’intégration de l’offre dans les plans d’aménagement locaux font partie intégrante du projet.
La réalisation rapide et la faisabilité constituent les principaux atouts du projet: il n’est en effet pas nécessaire de construire une nouvelle ligne; l’aménagement de la ligne actuelle permet d’envisager une mise en service d’ici à 2015.
Quant aux coûts, ils devraient s’élever à 100 millions d’euros, soit un montant relativement modeste pour obtenir des effets importants. Le nombre de passagers enregistrés sur cette ligne a pu être doublé pour atteindre quelque 600 voyageurs par jour à la faveur de la (pseudo) cadence liechtensteinoise. Cela montre le potentiel de croissance important que recèle le projet. Il peut être tablé sur un quintuplement de ce nombre au terme de la 1e étape de réalisation du RER FL/A/CH, qui permettra de diminuer pratiquement par deux les temps de parcours en comparaison avec la situation actuelle. Le trajet entre Nendeln et Sargans ne durera par exemple plus que 27 minutes au lieu de 51 minutes actuellement. Les transports publics seront alors compétitifs, puisqu’ils pourront rivaliser avec le trafic individuel, voire le laisser sur place aux heures de pointe.
Valorisation importante du site par rapport à la concurrence (internationale)
Le RER FL/A/CH constitue une opportunité pour le Liechtenstein et pour la région. Avec le tronçon Feldkirch – Buchs, les RER de St-Gall et du Vorarlberg formeront une offre de transport interrégionale, transfrontalière, qui les valorisera. Le Liechtenstein verra la qualité de son site s’améliorer sensiblement en tant que lieu de résidence et de travail. L’accès aux réseaux grandes lignes des ÖBB, des CFF et de la DB sera plus aisé et plus direct. Le programme «Mobiles Liechtenstein 2015» et le programme d’agglomération Werdenberg - Liechtenstein soulignent le rôle d’infrastructure clé joué par le RER FL/A/CH pour le développement de l’économie et de l’habitat au Liechtenstein. Le ministre des transports Martin Meyer a résumé la situation ainsi: «Le RER permet au Liechtenstein de mieux se positionner en tant que site dans un contexte concurrentiel et d’assurer des emplois et une bonne qualité de vie.
La réalisation du projet fait l’objet d’un large consensus au niveau des communes, des associations et du gouvernement, d’autant plus que les ÖBB devraient fournir une participation non négligeable aux coûts d’investissement et que l’aspect financier est clair; des négociations sont actuellement en cours qui portent précisément sur la clé de répartition des coûts. La situation implique néanmoins des efforts pour convaincre les indécis. L’opposition qui a pour nom Vaterländische Union fait en effet de la résistance. Pour le président de l’Association des transports - Verkehrs-Club Liechtenstein (VCL) - , Georg Sele, il s’agit d’une pure manœuvre électoraliste dans la perspective des élections 2013 au Landtag. Un parti ne peut se permettre une telle attitude que dans un pays qui n’a pas de propre entreprise de chemin de fer (seuls les ÖBB circulaient jusqu’ici sur le tronçon, généralement en transit). Et de conclure en disant ce qui est écrit nulle part: «L’occasion d’obtenir une offre de RER moderne serait ratée pour des décennies au cas où le projet capoterait, car il est vraisemblable que les ÖBB exploiteraient alors la ligne en fonction de leurs propres besoins en trafic de transit.»
L’idée d’une offre ferroviaire pour desservir l’Oberland a déjà été envisagée
Il est vrai que des voix critiques se sont aussi fait entendre dans la population. Certains critiquent en effet le fait que le FL/A/CH ne profite qu’au bas de la principauté où se trouve l’industrie, alors qu’il n’est guère utile à l’Oberland où se concentre la population (de Vaduz à Balzers). Cela étant, le VCL a lui-même fait procéder à une étude sur la desserte de l’Oberland par une ligne de chemin de fer, à l’instar de la «cadence liechtensteinoise» qu’il avait initiée en son temps. Il s’est avéré qu’un RER ou un tram impliqueraient un investissement qui ne serait pas réalisable dans un premier temps au plan politique. S’ajoute le facteur temps: la procédure en matière d’aménagement du territoire requerrait à elle seule un laps de temps x fois supérieur à celui qui est nécessaire pour la réalisation du projet FL/A/CH, a indiqué le chef de la division des transports auprès de l’Office des travaux liechtensteinois, Markus Biedermann. La direction du projet et le VCL se rejoignent en estimant que la mise en œuvre du FL/A/CH doit constituer le début d’un processus de longue haleine. Laissons le projet faire ses preuves, a-t-il été déclaré. La voie politique vers des réalisations de plus grande envergure s’ouvrira alors à la faveur de la dynamique engendrée par la réussite.
Le court tronçon à double voie demeure un goulet d’étranglement
Vu de l’extérieur, le projet paraît cependant comporter quelques points faibles. Par exemple dans le secteur du fret: le seul point de chargement ferroviaire dont dispose le Liechtenstein serait abandonné au profit de la transformation de la gare de Nendeln. Aucune livraison de marchandises par chemin de fer ne serait plus possible sur tout le territoire de la principauté, où aucune voie industrielle n’a été implantée. Puis, la déclaration selon laquelle le trafic marchandises en transit, peu apprécié, diminuera à partir de 2025 en raison du manque de capacités qui résultera de la réalisation de la cadence semi-horaire intégrale, paraît prématurée: la priorité accordée au RER contraindra, semble-t-il, les ÖBB à chercher une voie de détournement pour le trafic de l’Arlberg; la ligne qui entre en considération Wolfurt – St. Margrethen – Buchs offre peu de capacité, puisqu’elle est à simple voie. Un autre goulet d’étranglement semble aussi inéluctable en trafic voyageurs: tant le trafic grandes lignes (Railjet) que le RER devront croiser toutes les deux heures dans le secteur Nendeln/Schaanwald en raison de leur cadence respective au plan national et régional. N’est-il pas indiqué dans la description du projet que «ces quatre trains ne peuvent être assurés sans conflit, même avec l’aménagement d’un tronçon à double voie» et que le Railjet ne peut pas croiser de manière volante, mais doit attendre le train venant en sens inverse sur le tronçon à double voie. Cette difficulté devrait constituer le talon d’Achille du RER FL/A/CH, le Railjet étant sujet à accumuler les retards. L’idée, déjà évoquée, d’une entrée directe dans Feldkirch en provenance du sud – au lieu du contournement de l’Ardetzenberg – devrait permettre de résoudre le problème.
Peter Hummel
www.llv.li/pdf-llv-tba-verkehr-sbahn-20110420_vid1_projektvorstellung.pdf www.vcl.li www.vcl.li/?page=1&id=52
L’appellation
Le sigle retenu pour le nouveau RER liechtensteinois FL/A/CH s’explique facilement, puisqu’il est dérivé des abréviations des trois Etats limitrophes. Il a également un sens en tant qu’acronyme en allemand: il existe probablement peu de RER qui desservent un territoire aussi plat (en allemand flach). La différence d’altitude entre le point le plus bas et le point le plus haut n’est en effet que de 16 mètres . Le terme de RER, réseau express régional, paraît en revanche moins logique. Composé de petites bourgades situées proches les unes des autres, le Liechtenstein se développe certes, mais il n’existe nulle part une véritable ville dans la principauté…
Le projet
- élévation de la vitesse maximale de 70 - 90km/h à 100km/h grâce à des aménagements de la ligne;
- aménagement d’un tronçon à double voie long de 4.6 km;
- transformation de la gare de Schaan-Vaduz et des haltes de Schaan Forst, Tisis (Ö);
- déplacement des haltes de Nendeln et de Schaanwald;
- aménagement d’une halte à Tosters (Ö);
- suppression de passages à niveau ferroviaires;
- mesures de protection contre le bruit.
Les étapes
- 1re étape: cadence horaire durant toute la durée du service et trains supplémentaires aux heures de pointe;
- 2e étape: cadence semi-horaire aux heures de pointe;
- 3e étape: cadence semi-horaire durant toute la durée du service.
Il est prévu d’accroître les fréquences de circulation, mais aussi d’étendre le rayon du RER FL/A/CH en proposant des liaisons directes. Une liaison directe à destination de Sargans et de Coire est envisagée d’ici à 2025 à l’enseigne du programme d’agglomération Werdenberg-Liechtenstein. Ce développement implique la réalisation d’un tronçon à double voie entre Buchs et Sargans et le réaménagement et la modernisation des points d’arrêt situés entre ces deux localités; il est à nouveau tablé sur des investissements de l’ordre de 100 millions de francs. Une extension de l’offre en direction de l’Autriche est planifiée jusqu’à Bludenz et Bregenz.
L’organisation
L’organisation du projet s’avère complexe du fait que la ligne Feldkirch – Buchs SG est située sur le territoire de trois Etats. Le Liechtenstein préside le comité de pilotage. Celui-ci est de surcroît appelé à assurer la communication et la coordination avec les communes. Un comité de pilotage Suisse, Autriche, Liechtenstein a en outre été mis sur pied pour assurer la coordination au niveau international.
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